Prosetitution

Fond sonore à écouter en lisant : https://www.youtube.com/watch?v=4jHfbCs_s4U

La somnambule marche dans la ruelle, ses émotions sont muettes, et ses paupières se jouent d’elle.
Le mascara défigure son paysage, elle a le trottoir comme visage, elle a des cils de bohème, l’écho du bruit du mâle résonne telle la rengaine, aucun poète pour son premier poème, n’a pris tendresse pour délier son hymen.
Sa beauté n’a aucun droit, de ride et sa vie n’entend pas de rire, le clair de femme est une lueur que seule la passion vient éblouir.

Lorsque la nuit s’offre à Venus et que sur sa poitrine coule la sève, harcelé par sa verge, humilié par sa verve, il bave sur ses lèvres et prononce la semence de son glaive, le plaisir est bref, ni jouissance, ni espérance, ni dans son corps, ni dans ses rêves.
Elle a la mémoire dans la chair, une amnésie où la caresse se meurt, là où la brute est mère et le sanglot demeure.
La bête humaine veut briser la belle, le carnassier crasse la dentelle, les masculins se défoulent au pluriel et la femme de charme devient femelle.

Elle quitte la chambre rose et les draps froissés, ce soir la lune est close et le ciel grain de beauté.
Elle descends la venelle couverte d’un châle gris, la flaque d’eau lui rappelle que la nuit tous les silences sont cris.
La talon haut glisse dans la pisse, la cheville se brise et la chaussée lui fait la bise.
Elle se relève par impertinence, la rue n’aura pas raison d’elle,
mais c’est l’homme qui la salit, et elle pense, qu’à jamais la raison s’est fait la belle.

Le vacarme réveille l’hôte de ses lieux, le poil frugal et le teint creux.
Le Sans-abri à la barbe de misère, le vieil homme qui boit le rhum puis jette la bouteille à la mer.
Il lui donne le mouchoir blanc, le pouls tremblant, dans une paume maculée du mendiant.
Il essuie sa frimousse qu’elle lui tend, et l’urine diffame succombe au geste tendre.
Un bouquet sur le banc,
Il lui parle des années : « Lorsque j’étais chéri des miens » et qu’à présent son palet n’a même plus le goût du rien.
A son tour, elle confesse son désir qu’une bouche de môme vienne lui mordiller le sein,
Que son corps puisse offrir, pour une fois, une enveloppe pour les siens.
Elle aime le son de sa voix malgré le vice qu’il boit, il apaise son effroi, la parole est crue lorsque l’alcool est roi mais la saveur est rhum parce que la soupe est froide
Ensemble ils s’ennivrent pour soigner leurs langues fades.
Elle quitte sa chaleur par un baiser et s’emporte au vent nomade.

Elle déambule et s’engouffre dans l’abus, attend peut-être qu’un inconnu l’abuse,
Pour qu’enfin ça la tue, cette paire de jambes seule sur l’avenue,
La peur cri au viol, la garce se débat, le respect se déprave et la bassesse sexuelle miaule.
La candeur dort sur la paille, c’est pas un crime, juste un accident de travail.
On bannit l’écume des rues, on mange les femmes cru, on griffe les culs et crève les putes, le corps impure, une envie déchue, a qui on laisse d’infimes fêlures.
Alors, elle s’échoue pour vomir, s’écroule contre la gouttière et s’excuse de vouloir mourir.
Son désespoir l’abîme puisque quand la ville s’anime, les chimères dansent et ses démons les miment.
Accroupie sous une lanterne, à se laisser croupir, aveuglée au violet de ses cernes,
Morphée se morcelle, la piqure se martèle et la morphine sommeille.
La beauté – morte est mortelle, la feuille sanglote et on entends les violons de Verlaine.

3h33 – Désœuvrée, elle est une toile de nue où le pinceau est tranchoir.
Une fois l’heure désaoulée, son regard croise le pas de « celui qui ne cesse de croire ».
Le boulanger qui s’en va gagner le pain, qu’il façonne d’une tendresse telle qu’elle aimerait être la pâte sous ses mains,
qu’il la respecte comme il verse la farine sur le blé, la levure qu’il tient, d’une douceur sans commun, d’un doigté si divin. Qu’elle craque comme la croute dorée sortie du four qui nourrit la faim.
Il a la peau rassit, mais chaque soir, par son « coeur croissant », il beurre sa vie.
Il console sa langue et l’épargne de l’aumône humiliant qui chaque jour la nuit.
Il lui dit « A demain », le chagrin guettant le jour où l’adieu remplace l’au revoir.
Elle lui répond « à demain » tel une promesse dans un gueuloir.
Mais la fleur a fané, plus jamais, il n’allait la revoir.
Une mélodie de quartier pauvre, où le blues noir à la voix de James Carr

La bougie s’essouffle et la lueur se terre.
Le sans-abri la couvre et la pleure dans sa chair.
Son âme est saoule et la tristesse amère.

A cette nuit où une femme en une rime a perdu la vie,
A ces nuits où les vies sont désespoirs intimes,
A ces crimes où les nuits sont des visages salis,
A cette vie où les femmes perdent la rime.

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